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Les apports d'eau douce


L' Étang de Berre, lieu de vie et de loisirs, centre d'activité et de travail est un milieu fermé. C'est le plus grand étang marin d' Europe ( 980 millions de m3 d'eau, 75 km de pourtour, c'est à dire autant de littoral que de Marseille à Toulon). L'étang de Berre est en communication avec la Méditerranée par le canal de Caronte et est l'exutoire de trois cours d'eau au régime méditerranéen marqué: l'Arc, la Touloubre et la Cadière (voir carte sur l'état des eaux souterraines reprise du Comité de bassin RMC : fig. 1).

 

Dans tout étang littoral l'organisation écologique dépend étroitement du fonctionnement hydrique (échanges avec la mer et apports du bassin versant) et de ses fluctuations, elles mêmes liées aux évolutions climatiques. Les espèces présentes sont en général tolérantes aux variations de température, de salinité ou de teneur en oxygène des eaux (on les dit « euryhalines »). Elles sont faibles en diversité mais importantes en biomasse. Il existe une diversité de peuplements qui témoigne d'une réelle hétérogénéité physique du milieu. Un véritable zonage biologique s'établit en fonction de l'éloignement du domaine marin.

Desalure, anoxie, eutrophisation
C’est au premier siècle avant J.C. que les romains creusèrent un canal, le canal de Caronte, qui relie cet étang de façon intermittente avec les eaux marines de la Méditerranée. En 1863, 1874, 1925, le creusement de ce canal, et le percement du tunnel du Rove (1925 , qui s'est effondré en 1963) ont fait progressivement augmenter la salinité de l'étang et réduire les fluctuations spatiales et saisonnières. Une faible salure ainsi s'est retrouvée dans l'anse de Saint Chamas, dans l'étang de Bolmon, mais à un moindre degré vers Berre où les salins ont pu se développer tout à leur aise grâce à une exposition parfaite au soleil et au mistral


Cette relative stabilité fut bouleversée par la dérivation de la Durance dans l'étang qui provoqua une alternance saisonnière marquée de la salinité, de 4 à 10 ‰ en hiver et 10 à 23 ‰ et plus en été , faisant de l'étang un estuaire à coin salé avec la présence d'une forte halocline1 en hiver et une morphologie de lagune saumâtre en été.
De plus, ces variations de salinité, totalement erratiques, ne permettent aucune adaptation des espèces. De fait dans les eaux proches du fond l'absence d'oxygène est quasi permanente et les sédiments du centre de l’étang composés d'une vase nauséabonde n'abritent plus aucune vie si ce n'est bactériologique.
Sur le graphique repris du GIPREB2 on observe le long d' une coupe de l'étang les teneurs en oxygène : (Fig.2)

Du fait du passé industriel de l'étang, sans aucune prévention, les sédiments sont aussi fortement chargés en métaux et polluants de toute sorte, notamment d'hydrocarbures recouverts par les limons venant du canal usinier d'EDF.

Actuellement,malgré la réduction de la quantité d'eau turbinée de 30% imposée à EDF on observe encore une désalure (voir graphique repris du GIPREB : Fig 3)

 

Les eaux déversées par le canal EDF sont aussi riches en sels nutritifs. A la dé-salure apportée par les rivières mais surtout par le canal EDF, s'ajoute donc une eutrophisation1 des eaux de l'étang qui se manifeste par des poussées d'ulves et par des poussées phytoplanctoniques exceptionnelles.


Dès sa création le GIPREB a cherché à quantifier les apports des rivières et ceux du canal EDF, car les études antérieures très nombreuses n'apportaient guère de réponses concrètes à ce questionnement. Les résultats ne sont pas encore publiés.
Ce que l'on peut dire c'est que le canal usinier charrie des eaux peu polluées mais la quantité apportée est importante du fait de son débit élevé. La Cadière qui se déverse dans l'étang de Bolmon, propriété du Conservatoire du littoral, est caractérisée par un petit bassin versant (80 km²)mais très anthropisé (20,5 % de surfaces imperméabilisées). Sa réponse hydrologique à un événement pluvieux est très rapide. Elle est à l'origine de la pollution de l'étang de Bolmon en proie de façon régulière à des crises dystrophiques marquées par des poussées de cyanophycées, de botulisme, de mortalité de faune. Cet étang ne sera vraiment dépollué que lorsque les aménagements sur la Cadière seront achevés et l'amélioration des échanges hydrauliques entre l’étang de Bolmon, le canal du Rove et l’étang de Berre seront effectifs. C'est une revendication des riverains. Gérald FUXA, Président du MNLE13, a passé 24 heures dans l'eau de l'étang du BOLMON pour attirer l’attention du public sur le fait que les travaux du tunnel du Rove n'ont toujours pas commencé alors que les études de faisabilité puis la décision d'entreprendre les travaux et le financement sont là depuis longtemps.

http://assoc.orange.fr/mnle13/Pages/actu13/actu1306/bolmon/bolmon06.html


L'Arc a un bassin versant beaucoup plus grand (740 km²), plus allongé et beaucoup moins anthropisé (4 % de surfaces imperméabilisées). Sa réponse hydrologique est relativement moins rapide. La Touloubre a un bassin versant de taille intermédiaire (420 km²) et, tout comme le bassin de l'Arc, il est allongé et peu anthropisé (5% de surfaces imperméabilisées). Sa réponse hydrologique est semblable à celle de l'Arc.

Les eaux résiduaires des stations d'épuration du bassin versant, les eaux pluviales passées sur les zones urbanisées, les canaux agricoles chargés de substances nutritives mais aussi de pesticides et d'herbicides, les rejets industriels, participent également à la qualité de eaux de l'étang.
Ces rivières font l'objet de SAGE ou de contrats de rivières dont les principales missions sont la qualité des eaux avec l'aménagement des stations d'épuration et la maîtrise des inondations. Pilotées par des comités de bassin, les actions programmées sont financées par le CG 13, le Conseil régional, les collectivités concernées et l' Agence de Bassin. La suppression de la station d'épuration des Romaniquettes prés d' Istres, la construction de la nouvelle station de Saint Chamas auront un grand effet sur la qualité des eaux, surtout sur la qualité bactériologique (les eaux de baignades étaient souvent classifiées en D ! ) La construction de la station de Vitrolles est en cours et devrait fortement améliorer les eaux de l'étang de Bolmon.
Nous pensons que l'application rapide de la loi sur l'eau et un programme de dépollution global des eaux aux normes de zones sensibles doivent être entrepris sans retard (cela devait être fait pour 1998 !) et ce sur tout le bassin versant.


Limons
Ces apports également ont un impact négatif sur le milieu en augmentant la turbidité de l’eau. La pénétration de la lumière est diminuée, ce qui limite la croissance des plantes aquatiques.
L’étang qui en moyenne présentait une perte de 1cm par an de sa profondeur avant 1966, a vu augmenter de manière conséquente son envasement avec les apports de limons de la Durance qui ont également désertifié les fonds du site. Les bassins de délimonage prennent de l'espace et sont colmatés en quelques années. La vidange de ces bassins rendue nécessaire revient cher à la collectivité.
Par ailleurs ces limons manquent terriblement à la Camargue qui souffre d'un déficit de sédiments et aux agriculteurs du coin qui autrefois en bénéficiaient.
Le plan Barnier entré en vigueur en 1993 a permis une réduction ds apports dans l'étang à 200 000 tonnes par an. En 1999, les seuils ont été abaissés à 100 000 t/an en moyenne.

Le « lissage » du débit des eaux tel qu'il est prévu par l'Etat et l'Europe n'est pas envisageable pour la Basse Vallée de la Durance qui en subira les à coups en cas de crises (risques d'inondations) de même que pour EDF (bien que la direction soit en accord avec l'état) pour laquelle cela signifiera une moindre production hydraulique, à moins d'importants aménagements dont la faisabilité et les coûts n'ont pas été envisagés.


Situation des écosystèmes
En 1957, pour motif de pollution industrielle, une loi est votée qui interdit la pêche dans les eaux de l'étang. L'étang est condamné, les pêcheurs sont indemnisés.


En 1961
Tous les herbiers sont en régression depuis le début du vingtième siècle. Ils ne sont bien développés que dans la zone Nord du grand étang et se retrouvent le plus souvent sous forme discontinue de taches.
Dans l'étang de Vaïne où la végétation était particulièrement dense, les herbiers, dans les parties les moins profondes ont été détruits par les froids exceptionnels de l'hiver 55-56. Dans l'étang de Bolmon les herbiers formés de Ruppia (phanérogame caractéristique des eaux saumâtres) recouvrent toute la surface.
Les bancs de moules se retrouvent surtout dans le Nord de l'étang sous l'influence des apports des canaux et rivières (mais en grande partie dans une zone classée insalubre). Dans le parage de l'Arc se sont établis des bancs mixtes de moules et d'huîtres; ces dernières ont pu se développer grâce à une salinité plus élevée et plus stable.
Quant aux poissons, tandis que le nombre d'entrées de navires dans l'étang augmentait, le nombre de tonnes de poissons pêchés diminuait

Situation actuelle
Jusqu'à 3 à 4 m de profondeur, les fonds sont occupés par une flore benthique constituée d'algues tolérantes (Ulves en particulier) et de Phanérogames euryhalines (Zostera et Ruppia).
Les zones plus profondes sont désertées à la fois comme nous l'avons vu par les effets combinés des apports de limons et de la désoxygénation des eaux qui prévaut environ 8 mois par an.
Par contre la couche de mélange d'eau dessalée est toujours très productive, avec des communautés d'espèces d'eau douce ou peu salée.
De fortes poussées algales peuvent survenir du fait de la richesse de ces eaux en éléments nutritifs et en conjonction avec des conditions climatologiques particulières, (temps calme, ensoleillé, persistance de température élevée) induire des crises de dystrophie : eaux colorées, mousses, désoxygénation, mortalités de poissons
Pour plus d'information voir le site du MNLE 13 :
http://assoc.orange.fr/mnle13/Pages/_dossieretang.html


Le MNLE a toujours soutenu que seule une déviation des eaux et des limons vers le Rhône en aval de Saint-Chamas peut permettre le retour à un étang vivant, prospère, tout en respectant l'environnement. Avoir une vision globale c'est cela le développement durable Mais pour cela:
il faut s'en donner les moyens

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