Dans le cadre des élections municipales, le quotidien régional La Marseillaise organisait le 19 février dernier un Forum sur le thème du « Développement économique et développement durable à Marseille ». Un débat pluraliste où les organisateurs avaient tenu à donner toute sa place au rôle de l’économie sociale. Un rôle encore très insuffisamment connu et reconnu.
Une tribune pluraliste – représentant du Medef local et de la Chambre de commerce et d’industrie, syndicaliste, universitaires spécialisés en économie et en économie sociale -, des échanges respectueux de la parole des autres, de nombreuses interventions intéressantes… Mais un constat qui se dégage : Marseille reste une ville pauvre, ou tout au moins une ville où les inégalités s’amplifient, comme l’a martelé Bernard Morel, économiste, professeur à l’Université de Provence et Directeur de la Maison des sciences de l’Homme. Il a notamment indiqué que dans sept arrondissements le chômage était supérieur à 20%, qu’Euroméditerranée n’avait créé entre 1995 et 2006 que 103 emplois, et a insisté, comme Philippe Langevin, maître de conférence à la Faculté des sciences économiques, sur le fait que la ville avait misé sur la spéculation foncière et non sur le développement économique et durable.
Face à ces constats au goût amer pour nombre de marseillais, Bernard Morel prône une « stratégie de développement économique » absente de la ville. Pour cette stratégie, faut-il s’en tenir aux vieilles recettes et se contenter de ressasser les leitmotivs libéraux qui ont prouvé leurs limites - « être le plus performant possible », « le plus compétitif », « Faire du profit » -, ou bien envisager d’autres façons d’entreprendre ?
Le mérite de ce forum aura été de donner l’occasion de s’exprimer à l’économie sociale, « toujours insuffisamment reconnue, alors qu’aujourd’hui elle est en mesure de produire des chiffres officiels de l’Insée montrant la place qu’elle occupe,» a souligné Nadine Richez-Battesti, Directrice du Master Economie sociale de la Faculté des sciences économiques et de gestion à l’Université de la Méditerranée. En effet, à Marseille, les trois familles de l’économie sociale – associations, coopératives, mutuelles – représentent 19% des entreprises et près de 20% des salariés. Et, tandis que ces dernières années en région Paca, l’économie capitaliste a détruit plus d’emplois qu’elle n’en a créés, l’économie sociale a présenté un solde positif de plus de 2.300 emplois chaque année (1).
Malgré cela, les interventions de Stéphan Brousse, président de l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône, ont bien montré - méconnaissance ou volonté délibérée ? – que l’économie sociale continue à être sous-estimée par le patronat traditionnel. « Il faut arrêter d’opposer les deux systèmes », a-t-il dit à juste raison, mais en ajoutant : « Il y a les associations avec leurs champs propres et les entreprises avec le leur. »
Quid des coopératives, des Scic (Sociétés coopératives d’intérêt collectif), des mutuelles qui interviennent dans les différents champs d’activité, y compris industriels pour les coopératives, avec un dynamisme assez remarquable dans notre région ?
On ne peut pas oublier le rapport publié par le Medef en juillet 2002, qui attaquait bille en tête « l’économie dite sociale », tentant de marginaliser ce secteur, voire de la démanteler en le cantonnant au caritatif. Pour les représentants du secteur économique traditionnel, l’entreprise est forcément capitaliste, avec des actionnaires qu’elle rétribue et où la gestion collective ne peut exister… même si les résultats sont parfois dramatiques pour les salariés.
Aussi Nadine Richez-Battesti n’a pas laissé passer l’occasion de rappeler « qu’il existait une autre façon d’entreprendre, avec d’autres modes de gestion et de répartition des richesses, qui était non seulement performante mais porteuse d’un développement associant l’économique et le social, fondé sur un engagement collectif mobilisateur et sur un projet d’amélioration de la qualité de vie. »
Cependant on mesure, au cours de tels échanges, les efforts qui restent à faire par les acteurs de l’économie sociale pour se faire reconnaître à leur juste dimension, et pour que les pouvoirs publics s’appuient davantage sur les atouts dont est porteuse cette forme d’économie et d’entreprise. Sans doute gagneraient--ils d’ailleurs à être plus nombreux à ce type de rencontre.
(1) "Les chiffres-clés de l'économie sociale en Paca". Cress Paca.
www.crespaca.org