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CSA : la droite choisit l’arbitre !


Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a été mis en place par la loi Tasca du 17 janvier 1989, en amendement de la loi du 30 septembre 1986, qui avait créé la Commission Nationale de la Communication et des Libertés, sous le gouvernement Chirac. Le Conseil comprend 9 sages : 3 sont nommés par le chef de l’Etat, qui en choisit aussi le président, trois par le président du Sénat et 3 par le président de l’Assemblée Nationale. Les conseillers sont renouvelés par tiers tous les deux ans, le mandat de chacun dure six ans. Le budget du CSA approche les 40 millions d’euros. Il emploie 250 fonctionnaires. C’est une autorité administrative indépendante, chargé de garantir la liberté de communication audiovisuelle sur le territoire français.

Le Sénat est toujours à droite et les deux autres institutions vivent avec l’alternance. Il était donc facile de prévoir qu’avec un tel mode de nomination, le CSA serait très souvent majoritairement, sinon en totalité, à droite.
En janvier, le mandat de trois sages venait à échéance. Michel Boyon, « grand serviteur de l’Etat » selon Jean-François Copé, qui avait déjà été bombardé à la tête de Radio France il y a une dizaine d’années, provoquant une véritable colère dans les couloirs de la maison ronde, avant d’assumer la charge de Conseiller de Raffarin à Matignon, puis de diriger le Réseau ferré de France, a été nommé à la présidence du CSA par Jacques Chirac le 24 janvier. Christian Poncelet, président UMP du Sénat, n’a pas dû chercher très loin pour trouver et nommer Alain Méar, juriste, conseiller d’Etat et ex-directeur de cabinet de… Christian Poncelet ! Enfin, Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, avait la lourde tâche de remplacer Francis Beck, seul survivant de la gauche au CSA. Il a choisi le journaliste Rachid Arhab que tout le monde a voulu présenter comme « un gage donné à la gauche », ce que dément formellement l’intéressé, qui refuse toute étiquette.
Après ces dernières nominations, tous les sages tiennent donc leur mandat d’un dirigeant de l’UMP, et ce, juste au moment où le CSA va avoir comme tâche principale d’arbitrer la campagne électorale dont l’un des principaux protagonistes est justement l’UMP. L’UDF tempête : « L’UMP, le chef de l’Etat et la majorité ont nommé des proches » de leur parti, le Vert Noël Mamère vitupère contre une « république Bananière », quant au parti socialiste, oubliant qu’il a mis en place ce système, il s’indigne de « la prise en main totale, du contrôle absolu du fonctionnement des médias par la droite au pouvoir ». Pour compléter ce tableau, il faut rappeler que la droite au pouvoir avait déjà donné les grandes chaînes de télévision et de radio aux puissances d’argent et aux hommes de droite : de Patrick de Carolis, actuel président de France Télévision (service public) à Bouygues (TF1) ou Lagardère (M6, Canal Plus), ils sont tous de proches amis du pouvoir. Et ce CSA, dont le président était jusqu’à maintenant Dominique Baudis, l’ancien maire UMP de Toulouse, qui ira pantoufler à la présidence de l’Institut du monde arabe, ne fait que compléter ce dispositif de mainmise à peu près totale sur les médias.
Si on ajoute que tous les autres sages sont soit d’anciens employés des chaînes qu’ils sont censés surveiller, soit d’anciens collaborateurs de dirigeants de l’UMP*, on a une petite idée de l’hypocrisie totale de cette autorité administrative, soi-disant indépendante.

 

Jacques Soncin


* Christian Dutoit est l’ancien directeur général adjoint de TF1, Agnès Vincent-Deray a fait carrière dans le service public et notamment à France 3 où elle dirigeait le programme des opérations exceptionnelles, Michèle Reiser a été la collaboratrice de Patrick Poivre d’Arvor dans l’émission Ex-Libris, Elisabeth Flüry-Hérard et Marie-Laure Denis sont des hauts fonctionnaires qui ont été des collaboratrices de ministres de l’UMP.

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