i le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) accepte de débattre des statistiques ethniques, peu de voix maghrébines se font entendre sur la question.
L'enquête "Comment décrire la diversité des origines en France", publiée en juillet par l'INED, et réalisée par Patrick Simon et Martin Clément (Le Monde du 3 juillet), soulignait que les personnes se considérant comme arabes ou berbères étaient les plus réticentes à l'identification ethnique, les Noirs et les Blancs la ratifiant plus facilement.
"Les Maghrébins n'ont pas honte de leurs origines, mais n'ont pas envie qu'on leur en parle, explique Patrick Simon. Les évoquer les met mal à l'aise ; cela ravive des situations qu'ils ont vécues et les renvoie à des catégories péjoratives auxquelles ils ne veulent pas être assimilés. Ils pensent que les origines peuvent rester du domaine privé. Pour les Noirs, ce n'est pas possible. D'ailleurs, disent-ils : "On voit bien que je suis Noir !"."
Fils de docker algérien, aujourd'hui chef d'entreprise, Yazid Sabeg, abonde dans ce sens : "Un vrai regard de différence et distancié, s'exprimant par des stéréotypes, se porte sur les Noirs. Les Arabes, eux, subissent des discriminations qui sont davantage dues à des relations sociales complexes, issues de la colonisation."
Pour autant, et de prime abord, les Noirs n'ont pas davantage envie de se ranger dans une catégorie, observe Patrick Lozes, président du CRAN. Il décèle dans cette attitude un signe de leur intégration. "Mais quand on leur explique qu'il s'agit de lutter contre les discriminations, ils approuvent la démarche", souligne-t-il.
Laetitia Van Eeckhout
Le Monde 10.11.2006